Une petite amande

Avant, lorsque j'allais bien, j'aimais voir mes amis autour d'un verre le soir. On buvait et on grignotait en parlant de nos journées de travail, de nos familles et de tout ce qui nous passait par la tête. Agé de 32 ans, je suis le plus vieux d'entre nous et je suis aussi le seul qui ait des enfants. Un garçon de 8 ans et une fille de 6 ans. Théo et Corianne. Ma femme, avec qui je vis depuis 13 ans déjà est toujours la plus belle à mes yeux. Avant que mes amis ne partent, il était de coutume qu'on se prête à un petit jeu d'adresse, assis face à face, on s'envoyait des cacahouètes ou autres petits biscuits ou fruits séchés en direction de nos bouches. Celui qui ratait recevait les autres le lendemain. j'étais souvent le perdant, n'ayant jamais été très adroit. De toutes façons, notre maison était la plus grande et le salon était un véritable nid douillet. Quand je me souviens de ça, j'ai une grosse bouffée de nostalgie.
Je me souviens la fois où je suis tombé. Nous étions à notre troisième verre, la cinquième cigarette. Nous refaisions le monde assis confortablement dans mon salon. Puis, je me suis réveillé en soins intensifs. Je m'étais évanoui brusquement. Ma femme, assoupie à mon côté , avait tant pleuré que le drap était marqué par son maquillage. Légèrement inquiet pour moi, j'étais cependant heureux de la voir là. Je la réveillais doucement. Elle eut un instant de flou et m'enserra dans ses bras. Elle pleurait. Je ne pu me retenir longtemps. La situation me stupéfiait. Nous pleurions. Moi parce que j'avais un peu peur et que je ne comprenais pas. Elle parce qu'elle pensait que je ne reviendrais jamais.
De longues minutes plus tard, elle s'écartait et se mit à me parler.
J'avais une tumeur, pas plus grosse qu'une amande, logée en plein milieu de mon cerveau. Les médecins ne se faisaient guère d'espoir. Je me souviens. Je voulais accuser le coup. Je voulais sembler détacher, ne pas m'effondrer. Mais je fermais les yeux, les rouvris, et partis en sanglot. Pas plus grande qu'une amande. Une tumeur allait terrasser la bonne bête que j'étais.
Le pire, c'était de ne rien pouvoir y faire. Opérer, c'était risquer d'empirer mon état, m'appris ma femme.
Nous sommes restés longtemps à alterner silence et paroles inutiles. Sembler normaux. Ne pas dramatiser. Finalement, le temps est passé. De l'amande, la tumeur est devenue une grosse noix. J'ai souvent des nausées, des migraines et des saignements et douleurs diverses. Sans compter mes évanouissements. Ce matin, je me suis réveillé à l'hôpital. Comme chaque fois, mon aimée m'attendait en larmes. J'ai passé trois jours dans le comas et les médecins pensent que je ne passerais pas la semaine. Les saignements de mon nez et de mes oreilles, mes toux rauques accompagnées de crachements horribles sont des symptômes qui ne trompent pas d'après eux.
Mes amis vont venir. Ma femme me laisse et nous nous embrassons. Elle veut me laisser ce moment avec mes plus fidèles amis. D'un côté, je ne peux m'empêcher d'angoisser. Les médecins ne peuvent qu'avoir raison. Si même mes amis sont inquiets.
Ils arrivent à 18h30. L'air graves, ils ont malgré tout ce sourire complice de ceux qui ont commis quelque chose d'illégal mais qui en sont fier. Nicolas sort de ses poches des petites flasques de Whisky et de Pastis. Julien, lui, sort des cacahouètes et des chips. Tentant d'ignorer la situation, la maladie, l'hôpital, nous buvons et discutons. Sans le vouloir, nous en arrivons à ce moment doux de notre rencontre. A ces souvenirs communs, nous avons tous une petite larme ou un silence digne d'une prière. Nous parlons du passé, du présent, de l'avenir. A un moment, une infirmière frappe à ma porte. Elle m'apporte mon repas. Elle fait mine de ne pas voir les chips et les petites bouteilles que nous tentons de cacher, puis elle ressort. Mes amis se lèvent pour partir, j'insiste pour qu'on exécute une dernière fois notre petit rituel. Alors que Julien se préparer à me lancer un grain de raisin dans la bouche, une petite amande qui a bien grossi dans ma tête y fait pulser le sang à toute vitesse. Mon cerveau se met à vibrer au rythme de mon coeur. Le soleil se mêle à mes amis, au ciel bleu, aux nuages flashant, à ma femme, à mes...
Une amande...

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Ouaip. J'poste hors-temps, mais à ma décharge, j'avions point l'net.

C'est marrant, j'vois des idées qui s'rejoignent dans nos textes^^


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